SOCIETE | Pourquoi prend-on nos assiettes en photo ?

Posted on 16 décembre 2012

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Pourquoi prend-on nos assiettes en photo ?

Après les chats et les vacances au soleil, c’est maintenant le contenu de nos assiettes qui envahit les réseaux sociaux. S’il nous suffisait auparavant de dire où et avec qui nous pouvions savourez de bons petits plats, il s’agit désormais de les montrer à grand renfort d’applications et réseaux sociaux spécialisés. Mais que révèlent ces nouveaux comportements ?

Toi, plus moi, plus tous ceux qui le veulent…

Avec 10 milliards de clichés culinaires postés en 2011 sur le web (1), il semble presque impossible d’échapper à cette tendance 2.0. Si quelques années auparavant cette pratique faisait sourire lorsque l’on prenait des touristes Japonais en flagrant délit de « photographie gourmande », force est de constater qu’aujourd’hui nous sommes tous devenus des paparazzi de la gastronomie en puissance. Café du Starbucks, blanquette-de-veau-de-maman le dimanche ou somptueuse entrée moléculaire de grand restaurant, tout y passe.

@foodperm @vehandojo

@foodperm @vehandojo

Évidemment, les premiers mis en cause sont les réseaux sociaux et leur besoin de montrer toujours plus, de nous raconter et de susciter l’envie. Après leur avoir livré toutes nos informations personnelles sur notre situation sociale, professionnelle et même familiale, la tendance nous pousse à les « alimenter » littéralement avec nos « plats numériques quotidiens ». Il n’en fallait pas plus pour que des applications spécialisées en photographie (Instagram) et en gastronomie (Food Reporter, Evernote Food…) fassent leur apparition. A l’aide de filtres de retouche pour l’un et sur le concept du regroupement communautaire autour des amateurs de cuisine (ou foodista) pour les autres, ils ont permis à chacun de se prendre pour un photographe doué et d’être reconnu pour leur bon goût (culinaire et pictural) par un groupe ayant autorité (et oui, le groupe régit ce qui est et doit être) où le « Miam » a remplacé le « J’aime ». La roue de la reconnaissance égocentrique était encore une fois mise en marche.

Le Beau ou le Bon ?

Et le (bon) goût dans tout ça ? Cette question semble agacer certains chefs qui ne peuvent qu’observer les nombreux smartphones pointer le bout de leur objectif au dessus des assiettes. En effet, dans notre société tournée vers le paraître, il semblerait que cette tendance soit parvenue à atteindre notre rapport à la gastronomie au détriment de l’« être », soit le goût. Une fois photographié et aussitôt diffusé sur les réseaux sociaux, un plat n’a pour seule finalité que de susciter l’envie à sa vue, et son goût, ses saveurs et autres aspects gustatifs sont totalement occultés. Tout comme les Frères Pourcel se questionnaient sur cette question, il apparaît désormais que le beau l’ait emporté sur le bon pour la plupart des gastronautes. Certains chefs n’hésitent d’ailleurs pas à interdire toute photographie dans leur établissement afin de forcer leurs clients à savourer leur plats avant de vouloir l’immortaliser et l’exposer en trophée sur facebook. Savourer ou exposer, il faut choisir !

Et vous, êtes-vous des adeptes des photos culinaires ?

(1) Source: magazine professionnel L’Hôtellerie Restauration
Sources: Le blog des Frères Pourcel, Le beau l’emporte-t-il sur le bon ?
Madame Figaro, L’assiette dans le viseur
 
http://statigr.am/foodperm
http://statigr.am/vehandojo

 

 
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