Séisme, tsunami, accident nucléaire… Japon, 1 an après

Posted on 9 mars 2012

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Il y a tout juste un an, le Japon faisait face à sa plus grave crise depuis la Seconde Guerre Mondiale obligeant même son très discret Empereur à sortir du silence. Cette fois, il ne s’agissait pas d’un conflit mondial mais de la reprise de ses droits par la nature.

Il est 14h46 à Tokyo lorsqu’un séisme de magnitude 8,9 fait trembler le pays du soleil levant. Trouvant son épicentre à quelques kilomètres de la ville de Sandai, dans la préfecture de Miyagi, au Nord-Est du pays, ce séisme est le plus violent qu’ait connu l’archipel pourtant habitué aux tremblements de terre.

Trois minutes plus tard, la première alerte au tsunami est lancée. Une vague allant de 10 à 20 mètres s’abat alors sur le littoral sur près de 280 km de long et jusqu’à 15 km à l’intérieur des terres.

C’est cette vague qui, en inondant deux des quatre réacteurs de la centrale de Fukushima, entrainera la fonte du combustible nucléaire, une série d’explosions, la contamination radioactive de la région et la catastrophe nucléaire que l’on connait.

Japon: Séisme, tsunami... 1an après

AFP/YOMIURI SHIMBNUN

Aussitôt montrés du doigts pour leur gestion désastreuse de l’incident, leur lenteur et leurs mensonges à la population, le gouvernement Japonais et la Compagnie d’Électricité de Tokyo (Tepco), gestionnaire de la centrale de Fukushima perdent très vite toute crédibilité au près des populations. Dans un pays où cohésion sociale et déférence envers l’État sont intimement liées et pour ainsi dire indissociables, ce sont alors des milliers de personnes déboussolées, hésitantes et dont la maison a été emportée pour certaines, qui hésitent entre fuir, se révolter contre les autorités ou rester humbles devant la nature et respectueux envers ses dirigeants.

1 an après, que reste-t-il du Japon ?

365 jours après la catastrophe, le Japon fait ses comptes : 15 846 morts, 3 317 personnes encore portées disparues et 6 011 blessés (1). 90% des victimes sont le résultat de la vague meurtrière.

La vague c’est aussi 22 millions de tonnes de déchets pour l’ensemble des trois préfectures les plus touchées (Miyagi, Iwate et Fukushima). Si dans certaines des villes frappées, les maisons ont été reconstruites et la vie repris un court (presque) normal, dans d’autres, les stigmates restent bien visibles et les rues désespérément vides. Au total, la facture de cette triple catastrophe s’élève à près de 150 millions € (env. 195 millions $CAD).

Réacteur n° 4 de la centrale de Fukushima. Reutersz/Tokyo Electric Power Co./Handout

Réacteur n° 4 de la centrale de Fukushima. Reutersz/Tokyo Electric Power Co./Handout

3ème puissance nucléaire mondiale derrière les États-Unis et la France avec 54 réacteurs sur son territoire, le Japon ne fonctionne plus aujourd’hui qu’avec 2 réacteurs atomiques, les seuls encore en activité avant d’être réduits au nombre de 1 en mai prochain. Depuis un an, malgré les fermetures de centrales nucléaires, le Japon n’a pas connu de coupures, et le public comme les entreprises sont maintenant décidés à aller dans la voie des économies d’énergie; une initiative et une prise de conscience inespérées dans une société régie par la technologie et hyper-connectée.

Autour de la centrale de Fukushima, un périmètre de sécurité de 20 km a été décrété. À l’intérieur, plus aucun habitant; seuls passent les véhicules menant à la centrale remplis d’hommes en combinaisons anti-radiations et les vaches laissées là par d’anciens agriculteurs. Au delà de cette zone, les habitants ont été déplacés, réfugiés puis relogés. Comme cela a déjà été dit dans le passé, « En dehors de ce périmètre de sécurité, pas de risque nucléaire avéré ». Il est vrai que les nuages radioactifs s’arrêtent aux frontières et tracés humains… Quoi qu’il en soit, c’est une population apeurée qui n’a plus confiance en ses autorités et consommant quotidiennement des produits radioactifs qui tente désormais de se reconstruire.

Après plusieurs mois passés à se renvoyer la balle, les autorités et les représentants de Tepco ont fait leur méaculpa concédant leurs négligences et dissimulations à la population et au monde entier. Mettant à jour le lobby puissant de l’industrie nucléaire, cette crise a réveillé les consciences quant aux dangers et aux conséquences environnementales que représente l’énergie nucléaire. Il est regrettable cependant que de telles catastrophes aient besoin de se produire pour que les mentalités évolues. Car il serait tellement plus simple pour une fois, que les mentalités évoluent avant que se produisent les catastrophes.

À lire aussi: De la désinformation en territoire nippon ?

(1) Chiffres confirmés au 7 février 2012-Source AFP

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