La construction de chambres communautaires : une solution à l’itinérance ?

Posted on 20 décembre 2011

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– Par Élise Prioleau –

Les pertes d’emploi causées par la crise économique ont précarisé une partie de la population devenue incapable de défrayer les coûts d’un logement.Dans ce contexte, des organismes sans but lucratif (OSBL) se portent acquéreurs d’édifices locatifs du centre de la métropole afin d’offrir des chambres abordables aux moins bien nantis.

Devenu propriétaire en décembre dernier d’un immeuble de chambres locatives, l’organisme de lutte contre l’itinérance Le Sac-à-dos hébergera dès le printemps des ex-itinérants du Centre-ville dans ses quinze nouveaux logements sociaux de la rue Sainte-Catherine. Une bonne nouvelle pour toute une clientèle socialement défavorisée qui se retrouve dans la rue de plus en plus souvent pour des raisons économiques, comme l’observe quotidiennement le coordonnateur de l’organisme, Richard Chrétien : « Cette année on a vu arriver dans les organismes de la rue des gens qui ont perdu leur travail et qui sont devenus incapables de payer un logement régulier», rapporte-t-il.

Parmi les solutions qui s’offrent aux personnes à très petits revenus,la chambre ou le studio loué au mois est le type de logement le plus facile à obtenir et le moins coûteux. Or, le parc de maisons de chambres est en baisse à Montréal, conséquence de la spéculation foncière et du conversion de ces bâtiments, souvent situés dans les quartiers centraux, en condos ou en gîte. À ce titre, la Ville de Montréal estime qu’entre 2002 et 2005, 1000 chambres locatives privées auraient changé de vocation. On estime que le nombre de chambres en location privée est d’environ 3000 aujourd’hui, contre30 000 dans les années 1970.

De plus en plus d’organismes communautaires et sans but lucratif unissent leurs efforts pour acheter des immeubles locatifs dans les quartiers centraux au moment de leur mise en vente. L’objectif :soustraire un maximum de chambres à la spéculation foncière et proposer des chambres en location pour un loyer allant de 300$ à400$ par mois toutes charges incluses. Un prix en dessous de celui du marché, mais surtout mieux adapté au revenu accordé par l’aide sociale. En effet, le revenu minimal accordé par l’État est d’environ 700$, alors que le loyer moyen à Montréal s’élève à637$ charges et dépenses non incluses.

Crédit : Line Lamarre

En plus de fournir un toit aux plus démunis, les maisons de chambres communautaires et en OSBL permettent d’offrir un soutien social et communautaire à une clientèle peu diplômée, célibataire et parfois aux prises avec des problèmes de santé mentale ou de toxicomanie. Grâce à cette aide, des personnes qui ont connu l’itinérance parviennent plus facilement à se recréer un réseau social et à se retrouver un emploi.

La Ville de Montréal s’est engagée dans son Plan d’action ciblé en itinérance à produire de 300 à 400 chambres entre 2010 et 2013. Si cette initiative est encourageante, à ce jour seule la moitié des logements auraient été produits, selon Robert Manningham, directeur de l’Atelier habitation Montréal.

« Non seulement les budgets actuels ne permettent pas de produire suffisamment de logements sociaux, mais le nombre de chambres en location tend à diminuer tous les ans », rappelle-t-il. « C’est pourquoi nous nous battons pour acheter les deux ou trois maisons de chambres qui apparaissent sur le marché de l’immobilier chaque année,explique Robert Manningham. Ces projets ont leur utilité, car on observe une augmentation de l’itinérance chez une population de plus en plus nombreuse et de plus en plus jeune à Montréal. À notre avis, la qualité de vie dans les quartiers de Montréal dépend d’abord et avant tout du bien-être de l’ensemble des citoyens. »

Le logement social, communautaire et abordable à Montréal :

  • 2000 chambres locatives en OSBL
  • 3000 chambres locatives privées
  • 2700 logements en coopérative d’habitation et en OSBL
  • 28 000 logements publics en HLM

Les délais d’attente à Montréal :

  • 5 ans pour un logement en HLM
  • 6 mois pour une chambre et 2 ans pour un studio en OSBL
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