SERIE DOCUMENTAIRE | Portraits en Itinérance

Posted on 12 décembre 2011

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Décembre est déjà bien entamé. Un peu partout dans les rues, les décorations s’allument, les sapins se parent, les heureux acheteurs font la course aux cadeaux, et les itinérants s’emmitouflent et tentent de se réchauffer autant que possible. Si ces scènes malheureusement communes à la plupart des grandes villes occidentales se répètent inexorablement chaque année, elle prend une dimension toute particulière ici à Montréal pour quiconque y a déjà vécu un hiver. Plus tristement banale encore est l’indifférence qui habite les passants, bien plus enclins à détourner le regard qu’à adresser ne serait-ce qu’un sourire.

La série documentaire que nous vous proposons à partir de cette semaine a pour volonté de replacer l’Humain au cœur de ce fléau qu’est l’itinérance et plus largement la précarité. À travers une série de portraits photo réalisés par notre chroniqueur photographe Laurent Meirieu, nous vous proposons de (re)découvrir chaque semaine ces personnes et ces visages que vous avez sans doute souvent croisés mais jamais, ou si peu, osé regarder.

On ne naît pas itinérant

Qu’on se le dise, l’itinérance n’est pas un lègue, on le devient. En 1987, le comité des sans-abri de la ville de Montréal définissait l’itinérance de la façon suivante : « Une personne itinérante est celle qui n’a pas d’adresse fixe, de logement stable, sécuritaire et salubre pour le jour à venir, a un très faible revenu, une accessibilité discriminatoire à son égard de la part des services, a des problèmes de santé physique, de santé mentale, de toxicomanie, de violence familiale et/ou de désorganisation sociale et est dépourvue de groupe d’appartenance stable. » (Recto Verso, 2000)

Cette définition décrit plusieurs situations allant du clochard sans-abri depuis plusieurs années aux femmes se retrouvant SDF (Sans Domicile Fixe) en passant par les jeunes, de plus en plus nombreux sur les trottoirs. « Du travail, il y en a pour qui veut travailler » entendons-nous souvent; certes, mais ces personnes en situation précaire ont rarement fait le choix de se retrouver ici. Perte d’emploi, problèmes familiaux, mentaux, toxicomanie, violence conjugale… les causes de l’itinérance sont multiples. D’après les dernières études réalisées entre 1998 et 2005, on compterait entre 12 600 et 30 000 itinérants à Montréal.

La crise économique récente mais aussi un défaut de prise en charge par nos sociétés de ces personnes dont le système ne veut plus sont parmi les raisons expliquant l’accroissement de ce phénomène. Le problème du logement tient aussi une place centrale dans le règlement de ce problème: «Selon nos estimations, nous avons besoin de près de 300 lits de plus dans les centres d’hébergement et près de 25 000 logements abordables dans la métropole», a déclaré en novembre dernier Pierre Gaudreau, coordonnateur du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes (RAPSIM) de Montréal. Outre l’aide financière, c’est le plus souvent d’aide psychologique dont ont besoin ces individus aux parcours généralement lourds et douloureux. Une fois de plus, le soutient dont ils auraient besoin fait défaut.

Rencontré lors de notre enquête, Maurice, septuagénaire a priori bien portant, a connu lui aussi la rue, il y a 30 ans de cela: « Ce n’est pas simple, vous savez.(…) Ils se retrouvent là dans la rue, pour la plupart ils attendent simplement leur chèque de BS (Bien-Être Social) et dès qu’ils l’ont, ils vont tout dépenser en boisson en une journée.(…) C’est une question de volonté. Pour s’en sortir il faut le vouloir. »

La volonté

Au fil de nos rencontres, nous constatons qu’en effet cette volonté a quitté quelques un d’entre eux, las et à bout de force de se battre face à un système qui ne veut pas d’eux: « Je veux bien travailler, nous confie Claude Saint-Hilaire, sur Mont-Royal depuis 30 ans déjà, mais regardez, je n’ai pas de bottes, ces chaussures (il nous montre les siennes) je les ai trouvées dans les poubelles, j’ai mal aux pieds… Et puis à 60 ans, dans mon état, qui va vouloir m’embaucher ? » (portrait à découvrir les prochaines semaines)

Quelles solutions ?

Il est certain que s’il existait une solution miracle à ce fléau, nous l’aurions sans doute déjà trouvée.

Si depuis des années les pouvoirs publics réduisent ou prônent l’action sociale dépendamment de leur obédience politique, de nombreuses associations et OBNL (Organisations à But Non Lucratif) ont vu le jour pour prendre le relai et continuer à aider ces populations coûte que coûte. Foyers, refuges, distribution alimentaire… tous les aspects de la précarité sont concernés. Récemment, la Grande Guignolée des Médias lançait partout au Québec sa campagne 2011 et appelait au don pour lutter contre la faim tandis que les Pères Noël de l’Armée du Salut s’installaient au centre ville.

En France, fondés par Coluche en 1985, les Restos du Cœur ont pour but « d’aider et d’apporter une assistance bénévole aux personnes démunies, notamment dans le domaine alimentaire par l’accès à des repas gratuits, et par la participation à leur insertion sociale et économique, ainsi qu’à toute l’action contre la pauvreté sous toutes ses formes ». Votée en 1988, la « loi Coluche » permet également une déduction d’impôt de 70% des dons. Au-delà d’une question politique, la précarité est le soucis de tous.

Toutefois, force est de constater que la majeure partie de ces personnes en situation de précarité refusent d’être aider par les divers organismes pouvant leur venir en aide: « Je ne veux pas qu’on me donne les choses comme ça. Je préfère faire l’effort de récolter tant bien que mal de l’argent tout les jours en faisant la quête », nous a rapporté Michel sur Mont-Royal (portrait à découvrir les prochaines semaines).

Ces rencontres ont largement changé notre regard sur l’itinérance et les personnes en situation de précarité. Si vous doutez encore de l’humanité de ces individus, prenez juste le temps de leur adresser quelques mots lors de votre prochaine rencontre, vous comprendrez. Et n’ayez pas peur de sa mine un peu trop renfrognée à votre goût, souriez! Car tous sont unanimes: juste un sourire leur suffirait à se sentir mieux et moins misérables…

À suivre: À travers des portraits photos, rencontrez ces itinérants, êtres humains, qui luttent chaque jour pour leur survie. 

Aller + loin:

La Maison du Père: http://www.maisondupere.org/accueil.html

Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM): http://www.rapsim.org/56/Accueil.montreal

La Grande Guignolée des Médias: http://www.lagrandeguignoleedesmedias.com/

Les Restos du Cœur: http://www.restosducoeur.org/

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Posted in: Montréal, Québec