Distilbène : La pilule-miracle qui a rendu des milliers de femmes stériles

Posted on 3 novembre 2011

0


Distilbène : La pilule-miracle qui a rendu des milliers de femmes stériles (Crédit: AFP/MIGUEL MEDINA)

Le 9 juin 2011, la Cour d’Appel de Versailles reconnaissait un lien de causalité entre la prise de Distilbène d’une femme et le handicap de son petit-fils et condamnait de fait le laboratoire UCB Pharma, alors distributeur du médicament, à leur verser quelques 1,7 millions d’euros de dommages et intérêts; une première en France.
Retour sur un des plus grands scandales de santé publique en France et dont les effets sont toujours visibles.

Distilbène, kézako ?

Découvert en Angleterre en 1938, le Distilbène, ou « DES », est la première hormone œstrogène de synthèse. Rapidement, le médicament apparaît comme tout indiqué pour la prévention des fausses-couches. Dès lors, des millions de femmes enceintes le reçoivent en prescription à travers le monde.

Dès 1952, les premiers doutes sur l’efficacité du DES à prévenir les grossesses à risque sont mis de l’avant mais le produit reste toutefois largement prescrit, notamment en Europe et en France où il connait une forte progression.

En 1971, en raison de la multiplication de cas de cancers du vagin ou du col de l’utérus chez des femmes d’âge précoce exposées in utero, la communauté médicale est en alerte. En conséquence, les États-Unis et le Canada retirent le médicament du marché. En France, le DES sera prescrit massivement jusqu’en 1977. Cette année là, il est finalement reconnu comme « un médicament contre-indiqué en France chez les femmes enceintes ».

L’effet papillon…

La particularité du DES tient au fait qu’il ne laisse presque aucune séquelle chez les « mères DES » ou dites de première génération. En effet, les effets néfastes constatés du médicament apparaissent dans 90% des cas sur la deuxième génération à savoir, les « enfants DES » exposés in utéro à la molécule.

Les filles nées « DES » sont par ailleurs majoritairement touchées par cette exposition: outre des problèmes de fertilité augmentés de 30% par rapport à la normale, ces femmes se trouvent particulièrement affectées par des taux d’accident plus élevés durant leur grossesses: grossesse extra-utérine, fausses couches précoces et tardives, prématurité accrue, accouchement à risque… Ces accidents sont généralement étroitement liés à une ou des malformations génitales dues à l’exposition au médicament.

Enfin, il apparaît que ces femmes sont hautement plus sujettes à des cancers du col de l’utérus ou même du sein.

30 ans après, quels recours ?

Le Distilbène est sans doute un des premiers médicaments dont les effets néfastes ont été reconnus en justice et ayant mené à une condamnation du laboratoire qui le distribuait, à savoir UCB Pharma.

En 1991, à la suite d’une plainte déposée au civil contre le laboratoire par deux filles atteintes d’un ACC (Adénocarcinome à Cellules Claires) du vagin ou du col utérin, le premier procès « DES » s’ouvrait. Au terme de 15 ans de procédure en 2006, la cour de cassation confirmait que le laboratoire UCB Pharma avait manqué à « son obligation de vigilance » et « reconnu le lien de causalité entre exposition in utéro au DES et cancer ACC ».

En 2008, on dénombrait près de 70 procès en cours ou jugés en lien avec l’exposition au Distilbène(1). Inutile de dire que ce dernier coup de projecteur sur le DES, reconnaissant cette fois-ci un lien de causalité sur la 3°génération risque de faire jurisprudence et de voir se multiplier les recours devant les tribunaux.

De 150 000 à 200 000 femmes auraient pris du Distilbène en France, avant son interdiction en 1977. Entre 100 000 et 160 000 enfants seraient nés de mères exposées, la majorité dans les années 1970.

(1) Source: Site web Réseau DES France: www.des-france.org

Pour + d’infos:

À lire: « Moi Stéphanie fille Distilbène », Céline Chaudeau et Stéphanie Chevallier, Éditions First (2010)
Réseau DES France: www.des-france.org
DES Action Canada: www.descanada.ca
Association Les Filles DES: www.lesfillesdes.com

Advertisements
Posted in: France, Société