La famine en Somalie VS la nourriture de l’excès, portrait d’une société déviante.

Posted on 9 août 2011

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La famine en Somalie et fast-food

Cette image vous choque? J’espère !

Depuis plusieurs mois, la Somalie et la corne de l’Afrique meurent de faim, victimes de la sécheresse extrême qui touche cette région du continent. Récemment, la coopération internationale par le biais de l’ONU notamment a pris forme et s’est organisée pour venir en aide aux populations. Les médias et journaux du monde entier ont déjà largement diffusé ces images de souffrance et celles d’enfants aux ventres gonflés.

Néanmoins, et c’est là l’objet du scandale, il ne m’a fallu que quelques minutes de zapping télé hier soir pour être assaillie de programmes basés sur ce que j’appellerai « la cuisine de l’excès ». Ces émissions  fondées uniquement sur le « toujours plus, toujours plus gros » se targuent de mettre en compétition les plus gros mangeurs de hot-dogs ou de pouvoir confectionner les plus gros gâteaux avant qu’ils ne soient engloutis, une fois encore, par de pathétiques goinfres déjà très bien portants.

C’est ici que je m’interroge sur l’éthique de ces émissions, de leurs créateurs et de leurs spectateurs: comment ne pas être scandalisé par l’usage et la présentation qui sont faits de la nourriture alors même que l’on a connaissance de ce qui se passe de l’autre côté du monde? Comment ne pas être pris de haut-le-cœur à voir ainsi ces ogres engloutir, souvent de manière répugnante, ces burgers, pizzas ou autre plat aux dimensions démesurées? Certes, il ne s’agit pas de s’astreindre à un régime strict par « solidarité », ni nécessairement de s’envoler pour la Somalie comme bénévole et encore moins de se répandre en beaux sentiments de pitié et de compassion, simplement de savoir faire preuve de retenue et de décence.

Toujours en plus grande quantité

Depuis les années 1970, la société qui est la nôtre s’est accoutumée, chaque jour un peu plus, à posséder et à consommer. L’industrialisation massive notamment dans le domaine agroalimentaire permettant de produire en plus grande quantité et pour un prix toujours plus dérisoire des aliments et produits finis ayant de moins en moins de goût, les consommateurs se sont alors détachés du rapport premier qu’ils entretenaient avec la nourriture: Vivre. Nous sommes ainsi progressivement passés du « Il faut manger pour vivre » au « Il faut vivre pour manger ». L’aliment sous toutes ses formes est devenu en quelques années un produit de consommation comme les autres, au même titre qu’un téléphone portable, une télévision ou la nouvelle tenue à la mode.

Dans les sociétés occidentales en particulier, le rapport à l’alimentation est principalement associé à un apport calorique (cela fournit de l’énergie) et non à un apport nutritionnel (cela apporte des nutriments essentiel au corps) comme c’est le cas dans les sociétés orientales (Asie en tête). Alors que les régimes alimentaires amincissants se multiplient à une vitesse folle, on assiste paradoxalement à la multiplication de ces émissions de l’excès telles que Outrageous Food, diffusée sur FoodNetwork ou Le boss des gâteaux, sur Zeste.

La société de consommation montre ici un de ses plus graves effets pervers. Les dérives et la décadence de notre société dont font preuve ces programmes sont des plus alarmants dans la mesure où elles conduisent à une certaine forme d’aliénation des consciences et une perte de toute valeur morale. Dans 50 ans, quand les historiens analyseront ce qui incarne la dépravation de notre société – gloutonnerie, excès, course vaine à la renommée – ce ne sera ni les bains publics pour gays, ni la série Big Love, ni le site Adultfriendfinder(1) mais bien notre indifférence qu’ils retiendront.

La Somalie et la corne de l’Afrique meurent de faim, vous n’y êtes pour rien certes, mais vous pouvez déjà agir en renonçant à ces émissions indécentes. La prochaine fois que vous tombez sur ce genre de programme, zappez !

(1) Source: William Saletan

+ d’infos: Article « La dépravation des concours de goinfres« , par Willian Saletan
Article « Famine en Afrique : une obscénité international », L’Union 

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