Mais qu’est-ce que le « Tea Party » ?

Posted on 4 août 2011

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Tea Party Logo

Vous ne le connaissiez peut-être pas vraiment avant mais depuis la crise de la dette que viennent de traverser les États-Unis, son spectre et son nom se sont affichés dans les journaux du monde entier. Il s’agit du mouvement du « Tea Party » .

Votre sourire en coin se demande déjà s’il s’agit d’une sorte de réunion publique autour d’un thé, ce n’en est pas loin (!), toujours est-il que ce mouvement est déjà parvenu à mettre en difficulté l’administration Obama à plusieurs reprises notamment lors de la crise financière de 2009 et dernièrement durant les négociation pour relever le plafond de la dette américaine.

Alors, quel est ce mouvement populaire qui fait vaciller les plus grandes instances américaines ? Portrait.

Le Tea Party se présente comme « (…) un mouvement populaire qui appelle à la prise de conscience de toute question telle que les défis de la sécurité, la souveraineté, ou la tranquillité intérieure de notre chère nation, les États-Unis d’Amérique. Depuis notre création, le Tea Party est la voix des propriétaires véritables des États-Unis, nous le peuple. »1 

Très contestataire et largement hétéroclite et populaire aux États-Unis, ce mouvement s’oppose à l’État fédéral et ses impôts. Émergeant au début de la présidence Obama, dans le contexte de la crise économique de 2008-2010 elle-même liée à la crise financière, le mouvement critique notamment les dépenses gouvernementales faites sous l’administration Obama, tant celles qui soutiennent le système financier et la relance économique que celles qui fondent une protection sociale commune au niveau fédéral (Patient Protection and Affordable Care Act). Réclamant une restauration de l’esprit fondateur du pays, le Tea Party emprunte à ce titre l’imagerie de la guerre d’indépendance et son nom fait référence à la Tea Party de Boston, un événement historique qui a marqué les débuts de la Révolution américaine contre la monarchie britannique au XVIIIe siècle.

Keli Carender, blogeuse de Seattle à qui l’on attribue la création de ce mouvement en 2009, entend alors protester contre la décision de la Présidence de débloquer 75 milliards de dollars pour aider les propriétaires endettés à éviter la saisie de leur maison. Elle organise alors un « Tea Party » à Chicago qui, faisant boule de neige et obtenant une couverture nationale, allait donner son nom au mouvement.


Qui soutient le « Tea Party » ?

En resprésentant 18% des adultes américains, le mouvement dispose d’une solide assise sur la scène politique américaine. Majoritairement plus riches et plus scolarisés que la population générale, la plupart des militants sont républicains (mais plus conservateurs que la plupart des républicains), blancs, mâles, mariés et âgés de plus de 45 ans. Plusieurs d’entre eux, qui se définissent comme des conservateurs ou des libertariens, tentent de faire élire aux élections des candidats républicains qui défendent leurs idées. 

Les candidats Républicains justement, dans leur rôle de « vedettes » du mouvement, permettent à celui-ce de s’assurer une visibilité et un poids conséquent à l’échelle nationale. On trouve notamment Marco Rubio en Floride, Sharron Angle au Nevada, Christine O’Donnell au Delaware, Joe Miller en Alaska et Rand Paul au Kentucky. Les militants du mouvement sont actifs dans tous les États américains, même dans un bastion démocrate comme New York, où Carl Paladino, leur candidat préféré dans la primaire républicaine pour l’élection au poste de gouverneur, a remporté une victoire étonnante en 2010 contre l’ancien représentant Rick Lazio.

Certains alors de se demander si le Tea Party nuit au parti Républicain ? Il est certain que ce mouvement est une arme à deux tranchants : si plusieurs candidats Républicains ont largement bénéficié de l’appui de ses militants lors des élections de mi-mandat en novembre 2010, il apparaît également que le mouvement a contribué à la radicalisation du Parti républicain et de ses candidats. Résultat: les républicains pourraient à terme perdre des courses sénatoriales qui leur semblaient acquises.


Qui finance le Tea Party ?

Le Tea Party n’est pas à l’évidence un mouvement artificiel (astroturf), comme certains de ses détracteurs l’ont prétendu. Son soutient financier, rhétorique et organisationnel provient, entre autres, de groupes dont les dirigeants ne sont en rien populistes ou populaires. 

Un de ces groupes, FreedomWorks, est dirigé par l’ancien numéro deux des républicains à la Chambre des représentants, Dick Armey. Le groupe, dont le slogan est «moins d’impôts, moins de gouvernement, plus de liberté», reçoit son financement de plusieurs sociétés privées et fondations conservatrices, dont Verizon, AT & T et Philip Morris. Un autre groupe, Americans for Prosperity, doit son financement aux frères David et Charles Koch, deux milliardaires du pétrole qui exploitent la ferveur des militants du Tea Party pour faire progresser leurs idées libertariennes, selon une enquête publiée récemment par l’hebdomadaire The New Yorker. Voilà de quoi donner au mouvement un très gros pouvoir de lobby sur les politiques.

Nous l’avons vu, avec l’accord trouvé sur le relèvement de la dette, « impossible n’est pas Américain », vous savez « Yes, we can ! ».

Cet accord, ne prévoyant pas d’augmentation d’impôts et même la réduction de l’assurance-santé des retraités et des nécessiteux, fait du Tea Party le grand gagnant de ces négociations selon le Wall Street Journal : «L’accord représente une victoire pour ceux qui prônent un gouvernement avec un moindre rôle», lit-on dans l’éditorial.

Si la gauche risque de peu apprécier cet accord, les électeurs indépendants quant à eux, aiment ce genre de compromis.C’est un bon point pour l’image d’Obama, mais beaucoup moins pour la démocratie… Le Tea Party n’a donc pas fini de faire parler de lui et de s’imposer comme un acteur qui compte dans la vie politique américaine.


1. Soucre : Site officiel du Tea Party : www.teaparty.org
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Posted in: Politique