Affaire DSK : Sommes-nous le chien ou la queue ?

Posted on 5 juillet 2011

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Affaire DSK : Sommes-nous le chien ou la queue ? (Reuters)

Depuis le début du séisme DSK, il a été dit, écrit, murmuré, répété absolument tout et son contraire. Les thèses les plus extravagantes côtoient alors les théories du complot et de la maladie mentale et comportementale, et tout à chacun se pose la question de savoir si Dominique Strauss-Kahn a pu, oui ou non, être l’instigateur de ce qui s’apparente à un suicide politique.

À l’évidence, cet article n’a aucune vocation à prendre parti pour l’un ou l’autre des acteurs de cette affaire, il s’agit davantage de s’interroger et d’apporter une réflexion sur le traitement de l’information et l’emballement médiatique sans communes mesures observé depuis le début de cette affaire. Dans la suite logique de l’engagement et la ligne fondatrice de l’Autre Une, il s’agit véritablement d’analyser les comportements – et dérives ?- des médias afin, possiblement, d’y porter un regard critique.

C’est ici que revient la question du chien et de la queue. L’idée étant de savoir si le chien remue la queue parce qu’il est content ou bien parce qu’il a été influencé de façon à ce qu’il soit heureux? Le chien c’est nous, la queue ce sont les médias. En d’autres termes, sommes nous manipulés par les médias?

La manipulation de l’information par les médias et le pouvoir n’est pas une chose nouvelle, en revanche, ce qui semble devenir la norme depuis déjà une bonne dizaine d’années c’est bien la mondialisation, l’uniformisation et la désinformation à l’échelle mondiale résultant d’une perte de contenu de l’information diffusée par les médias. Lorsque l’on observe le monde contemporain, force est de constater que les mensonges et la manipulation exercée par les pouvoirs en place et les médias sont devenus légion et s’appliquent à toutes les sphères du monde médiatique et communicationnel. Pis, je me vois navrée de constater que mes contemporains semblent n’avoir aucune conscience et même un désintérêt profond pour cette manipulation dont ils sont néanmoins les victimes. À cet égard, l’affaire DSK et ces nombreux rebondissements ces derniers jours, en est la parfaite illustration. Souvenez-vous.

Le 14 mai 2011, Dominique Strauss-Kahn, alors directeur du Fond Monétaire International (FMI), est arrêté à New-York dans l’avion qui devait le ramener à Paris. Il est alors accusé d’agression sexuelle sur une employée de l’hôtel Sofitel à Manhattan. Le 15 mai, la victime présumée, Nafissatou Diallo, identifie DSK comme son agresseur qui est alors formellement accusé d’acte sexuel criminel, de tentative de viol et de séquestration. C’est ce jour là que les médias commencent à montrer leurs premiers signes d’emballement notamment avec la sortie de l’accusé du poste de Harlem menotté et sous le feu des caméras du monde entier, et le Daily News de titrer en une « THE PERV » à l’attention de l’ancien patron du FMI. À l’évidence, la demi-mesure est une notion bien étrangère au traitement médiatique de « l’affaire DSK ».

Cette violence inouïe émanant des médias du monde entier, bien que choquante, apporte malheureusement à la vue bon nombre de réalités et vérités inhérentes au traitement de l’information de nos jours. Effectivement, l’emballement de la machine médiatique, ses dérapages liés à l’utilisation d’informations non vérifiées ou de sources anonymes, ont pour origine notamment la concurrence accrues entre les différents médias et la rapidité de circulation de l’information poussée par internet et les réseaux en ligne. Et que dire alors de ces journalistes que je décrirai comme « démissionnaires » de leur mission première à savoir collecter, vérifier, sélectionner, synthétiser et commenter des faits pour les présenter au public et lui donner, le cas échéant, des outils de réflexion objectifs sur un sujet donné? À leur manière, la radio et la télévision participent aussi à cette accélération de l’information en créant les conditions d’une couverture en direct comme cela à été observé des les premiers jours de la mise en examen de l’ancien patron du FMI.

Cet affaiblissement de l’information n’est évidemment pas à détacher non plus du rôle croissant que prend l’image dans nos sociétés et de la croyance quasi religieuse que l’on observe envers les médias, tous genres confondus. De plus, si Bourdieu dénonçait déjà « l’esprit moutonnier et grégaire de la profession [de journaliste] »1, il convient d’ajouter que le nombre des médias diffusant une information n’induit pas nécessairement un pluralisme quant au traitement de la-dite information. Dix chaînes de télévision diffusant une même information n’informent pas davantage qu’une seule chaîne d’information.2 Rappelons par ailleurs, que la véritable investigation suppose des moyens et un délai de traitement incompressibles, malheureusement incompatibles avec l’instantanéité de l’information contemporaine.

À défaut alors d’avoir le recul nécessaire pour traiter et analyser une information, ni même de pouvoir accéder à une information « crédible », il s’agit avant tout de ne pas céder inutilement au sensationnalisme. Encore une fois, les tabloïds américains en sont la parfaite illustration avec entre autre, les changements éditoriaux radicaux du Daily News ou du New York Post depuis l’annonce par le procureur en charge de l’affaire de « doutes sérieux sur la crédibilité de la plaignante », cette dernière passant alors du statut « de sainte à affabulatrice » en l’espace de 24h. Le retournement de veste a le vent en poupe dans les médias US !

Vous voilà averti ! Il vous revient simplement de vous poser la question si vous souhaitez être la queue ou bien le chien?

1.Sur la télévision, Liber-Raisons d’agir, Paris, 1996

2.Christophe Deloire dans l’article La crise économique menace les médias, Laurent Larcher, Journal La Croix, 7 janvier 2009.
 
Aller + loin: Article sur Economics NewsPaper.com, DSK: The Media and vulgar manipulation of minds
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Posted in: France, Médias