Le cannabis bientôt dépénalisé ?

Posted on 17 juin 2011

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Le cannabis bientôt dépénalisé? (© AFP Jeff Pachoud)
© AFP Jeff Pachoud

C’est en tout cas la question qui alimente, agite, titille, dérange et divise la classe politique française depuis la présentation mercredi 15 juin au groupe socialiste d’un rapport sur le cannabis, fruit du travail d’une dizaine de parlementaires avec à sa tête, le député PS et ancien ministre de l’intérieur Daniel Vaillant.

Dans son rapport, l’ex-ministre prône, dans le cadre d’une « dépénalisation et [d’]une légalisation contrôlées », la création d’une Agence Nationale « encadrant » la vente, conférant ainsi au cannabis un statut semblable à celui de l’alcool et du tabac . Il s’agirait également d’un encadrement par l’État de la production de Marijuana sur le territoire national à des fins d’autosuffisance comme cela est déjà le cas dans certains pays d’Europe, Pays-bas en tête.

Dépénaliser pour contrôler ?

Avec ses quelques 12,4 millions d’usagers (âgés de 12 à 75 ans), la France est en réalité le plus gros consommateur de cannabis alors même qu’elle est le pays d’Europe où la répression y est la plus forte ; dès lors, une question se pose (et s’impose!) : si la répression, actuellement plus centrée sur les simples consommateurs et petits trafiquants, semble n’avoir aucun impact ou peu sur les volumes des trafics, est-il bon d’envisager une dépénalisation de l’usage et de la consommation et de centrer ainsi la répression sur les réseaux de distribution de grande ampleur généralement reliés à des réseaux criminels ? « Oui » répondent en cœur Daniel Vaillant, l’ancien premier ministre, Dominique de Villepin et les défenseurs de cette mesure.

Par ailleurs, Libération.fr révélait il y a deux jours que deux chercheurs (Pierre Kopp et Philippe Fenoglio, en 2003), « ont estimé le coût social de chaque interpellation à 3 366 euros (mobilisation de la police, de la justice, perte en termes de travail empêché pour les interpellés…) » (Lire l’article) Or, compte tenu du peu de retombées en terme de sanctions et de quantités saisies, ce coût apparaît pour certains davantage comme de l’argent gâché. Pour eux, il s’agit plutôt de s’attaquer non plus à la demande mais bien à l’offre.


Mr et Mme Toulemonde

Soyons honnêtes, peu de non-fumeurs peuvent aujourd’hui affirmer n’avoir jamais côtoyé, de près ou de loin, une personne consommant de manière régulière ou occasionnelle du cannabis. Cette situation est en partie due à la démocratisation de la consommation d’herbe et du développement de l’autoculture ; de nombreux ouvrages et sites internet fourmillent d’ailleurs de conseils et renseignements à cet égard.

Résultat : ce sont environ 200 000 personnes en France qui ont recours, au moins de manière occasionnelle à cette pratique, témoignant du recul du recours aux grands réseaux de distribution, néanmoins toujours très présents et puissants. Loin l’idée d’encourager la consommation de drogues, aussi douces soient-elles, cette proposition se réclame donc davantage de l’intérêt de santé publique pour ses instigateurs et, rappelons-le, dépénaliser n’est pas légaliser car il s’agirait alors là d’un tout autre débat.

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Posted in: France, Société