Chapeau bas Henri Henri !

Posted on 3 mai 2011

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Crédit photo: Henri Henri

Voyage dans les vapeurs et le feutré de la chapellerie.

La boutique ne paie pas de mine à l’extérieur, paraît même discrète face à l’agitation courante de la rue Sainte Catherine Est à Montréal. Pourtant, il suffit de s’attarder quelques secondes sur ce qui se cache derrière la vitrine pour commencer son voyage dans le temps: hauts-de-forme, melon, classique, Borsalino… ils sont tous là ces chapeaux mythiques, éternels, d’un autre temps ou tout simplement oubliés.

À l’intérieur s’ouvre un univers tout droit sorti des années 1930. Le mobilier, la décoration et même la caisse enregistreuse d’époque nous renvoient directement en 1932, année de fondation de la maison par M. Honorius Henri et M. Jean-Maurice Lefèbvre. Là encore, les photos aux murs, le calendrier perpétuel (dont la date est changée chaque jour à l’aide de fiches cartonnées) et l’accueil du personnel vêtu d’un complet contribuent à l’atmosphère.

Employé de la boutique depuis 1994 et actuel gérant, M. Jean-Marc Lefèbvre est plus que quiconque relié à cette maison de chapellerie. Petit-fils de M. Jean-Maurice Lefèbvre, il incarne la troisième génération de l’entreprise Henri Henri et la quatrième génération de chapelier de sa famille:

« Au départ je ne pensais pas reprendre la compagnie, j’ai même étudié dans plein de domaines très différents (…) et puis en 1994 j’ai commencé à travailler ici l’été, pour aider. Après ça, comme le travail me plaisait, je suis passé à temps partiel et à un moment donné mon père m’a laissé le choix de reprendre sa suite. »

Comme d’autres l’avaient fait avant lui, il apprend « sur le tas » les techniques d’entretien et de soin des chapeaux de feutre auprès des plus anciens. Ici, outre les clients, les chapeaux sont choyés et peuvent bénéficier d’un simple brossage, d’un agrandissement ou d’un soin complet (sorte de « check-up » du chapeau). Dans ce cas, l’objet nécessite des manipulations en plusieurs étapes: « On le plonge d’abord au complet dans une solution nettoyante puis on l’égoutte et on le laisse sécher tout en maintenant à l’intérieur une « coque » de bois correspondant à sa taille pour qu’il ne rétrécisse pas. » explique M. Lefèbvre. Une fois sec, il est brossé à l’aide d’une brosse à chapeau dont les poils très doux préservent le feutre.

La seconde étape consiste à redonner leurs formes d’origine à la couronne (contour interne du chapeau) et aux bords de l’objet. Direction alors les sous-sols de la boutique Henri Henri où les machines datent, elles aussi, du début du siècle dernier. Là, au milieu de plusieurs centaines de couronnes de bois et de coques de tailles et formes variées, se trouve la machine à vapeur qui permettra la (re)mise en forme du chapeau. Placé à l’envers au centre d’une couronne de bois qui permettra la mise en place des bords, il est ensuite recouvert d’un tissu à la texture d’une peau de chamois maintenu à l’aide d’un ressort en métal sur le pourtour. On prend évidemment soin de mettre une coque de la bonne taille au centre pour qu’il ne rétrécisse pas. L’ensemble est placé sur la machine à vapeur où il sera chauffé à très haute température: « L’humidité et la chaleur permettent à la matière de se détendre pour pouvoir rendre au chapeau sa forme d’origine » indique le gérant.

Une fois le feutre séché et refroidi sur ses supports, ne reste plus qu’à donner la forme voulue au sommet du chapeau, le creux et/ou la pince par exemple, en « jouant avec la vapeur » précise M. Lefèbvre. Si l’apprentissage de toutes ces étapes ne prend environ que dix jours, leur pleine maîtrise ne découlera que d’un savoir-faire acquis avec l’expérience.

Si Henri Henri fait aujourd’hui figure de survivant d’une époque lointaine, on comptait près d’une vingtaine de chapeliers à Montréal jusque dans les années 1950. Évidemment, l’époque, la culture et la mode ont beaucoup changé depuis note Jean-Marc Lefèbvre:

« Je pense que c’est dès les années 60 et surtout 70 qu’il y a eu une grosse perte de vitesse au niveau des chapeaux. C’était plus les hippies, les gens se laissaient pousser les cheveux et voulaient les montrer! Et puis il y a eu aussi les présidents Américains qui ont cessé de porter un couvre-chef depuis Kennedy. Alors beaucoup de chapeliers ont dû fermer. Si Henri Henri a pu continuer, c’est grâce à son service client ».

Le client, c’est là la priorité de la maison qui n’hésite pas à faire livrer ses chapeaux partout dans le monde pour satisfaire sa clientèle étrangère. Un service payant car l’an prochain le chapelier soufflera ses quatre-vingt bougies. Chapeau !

Site web Henri Henri : www.henrihenri.ca 

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